24/06/2026
Il y a des passions qui se révèlent très précocement chez certaines personnes et plus tardivement chez d’autres, ce qui ne les empêche pas d’en faire leur métier. Après 39 ans passés sur les courts du complexe sportif arnolphien, Christian Banaszczak en est la parfaite illustration.
Depuis le 30 juin 2026, à 63 ans, Christian Banaszczak goûte aux joies de la retraite. S’il a commencé sa carrière professionnelle dans l’entreprise familiale de négoce de tissus à Aulnay-sous-Bois, c’est bien sur les courts de tennis qu’il a passé toute sa carrière professionnelle, partageant bien plus qu’une technique ou un geste sportif : le goût de l’effort, le plaisir du jeu et les valeurs de respect propres au tennis.
Quand vous est venue la passion pour le tennis ?
J’ai commencé à taper la balle jaune vers 16 ans, avec des copains. À 18 ans, voyant que j’y mettais du cœur, mon père m’a proposé de m’inscrire au club d’Aulnay-sous-Bois. Mon premier entraîneur s’appelait Denis Tsonga. Aucun lien avec Jo-Wilfried, en revanche un rapport direct avec un certain Yannick Noah. Tous deux étaient des joueurs prometteurs, ils sont arrivés ensemble du Cameroun pour passer les tests d’intégration du pôle France. Seul le plus jeune a été retenu avec la carrière qu’on lui connaît. Tsonga est resté à Paris, a passé son brevet d’État et était donc à l’époque entraîneur au club d’Aulnay-sous-Bois. Il m’a entraîné durant deux ans, mais surtout il m’a donné envie d'en faire de même. J’ai passé des heures à le regarder encadrer les autres. Mais pour passer le B.E., il me fallait être classé 15/2. Alors avec un copain passionné également, durant deux ans, nous avons écumé non-stop les tournois dans toute la France pour atteindre le niveau requis. J’ai obtenu le précieux sésame trois mois avant mon incorporation pour le service militaire.
Comment êtes-vous passé d’Aulnay-sous-Bois à Saint-Arnoult-en-Yvelines ?
Ma sœur habitait Sainte-Mesme. Le cadre me plaisait bien ; il se montrait bien plus plaisant que la Cité des 3 000 à Aulnay. Je me suis donc installé à Dourdan après le service militaire. Mon début de carrière d’entraîneur se partageait entre l’USSA et les clubs de Sainte-Mesme, Bonnelles, Bullion et Clairefontaine. C’était en septembre 1987. L’adhérent le mieux classé était 15/5. Il s’agissait du président Dominique Dumollard. C’est lui qui m’a embauché. Après 5 années, à me partager entre ces 5 clubs, je me suis entièrement consacré à l’école de tennis de l’USSA et à la vie du club, en instaurant de nouvelles animations pour développer la pratique du tennis.
Après près de 40 ans, notez-vous des différences entre le jeu d’hier et celui d’aujourd’hui ?
Au plus haut niveau, le jeu s’est beaucoup accéléré. Les balles sont plus rapides et plus lourdes. Le physique des joueurs a aussi évolué. Plus de frappes, c’est aussi plus de blessures. À un moment donné, il faudra faire quelque chose pour ralentir le jeu. En tant qu’entraîneur, je ne peux pas dissocier la pratique du tennis de la personnalité du joueur. Le jeu doit s’adapter à son caractère et à son physique. On ne va pas demander à un jeune de nature expéditive de jouer lentement pour attendre l’erreur de l’autre. Il voudra gagner vite. A contrario, une personne posée aura besoin de sentir la balle pour construire son point sur plusieurs échanges. Mais encore faut-il que le physique suive pour durer dans le temps, mais aussi pour frapper fort. Le jeu s’adapte à ces deux paramètres : personnalité et physique. Ensuite, plus le classement du joueur augmente, plus il doit faire preuve d’adaptabilité pour faire évoluer son jeu s’il veut poursuivre son ascension dans le classement fédéral. Ce n’est pas le plus facile à faire comprendre.
Quel a toujours été votre objectif en enseignant le tennis ?
Faire découvrir et aimer le tennis m’a toujours motivé. Depuis quelques années nous menons l’opération Tennis à l’école avec les écoles élémentaires de la commune. Sur un cycle d’une dizaine de séances, les enfants découvrent ce sport. Cette opération se traduit par de nouveaux adhérents à la reprise de la saison en septembre. Le tennis est une école de la vie. Pour gagner, il faut travailler, persévérer et y croire jusqu’au bout. On se doit d’insister même si parfois ce n’est pas facile. C’est avant tout un sport individuel : on ne peut compter que sur soi-même. Si tu perds, c’est ta faute. Quand on s’accroche, la réussite est d’autant plus grande, tant pour le joueur que pour l’entraîneur.
Qui va assurer votre relève ?
Ma succession est déjà en place. Après 39 ans de carrière, j’ai vu passer trois générations de joueurs. Ce sont justement des jeunes que j’ai formés qui vont veiller sur la pérennité du club. Christophe, Pierre et Margaux assurent déjà la transition.
Quant à moi, qui ai passé tant de temps à regarder jouer, j’ai bien l’intention de retrouver la compétition… si le physique le permet. Eh oui, ce que j’ai enseigné est valable pour moi aussi.