22/05/2026
Discret mais hautement symbolique, le rôle de porte-drapeau occupe une place essentielle lors des cérémonies commémoratives. À travers sa présence, il incarne la mémoire des anciens combattants, le respect dû à l’histoire et les valeurs de la République.
Sans avoir lui-même connu les conflits, Emmanuel Gau a choisi de s’engager dans cette mission de représentation et de transmission, assurant le lien entre les générations et contribuant à faire vivre le souvenir au cœur de la vie locale.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir porte-drapeau ?
« Je suis le dernier d’une fratrie de six enfants dont quatre garçons. Mes deux frères aînés ont pris part à la guerre d’Algérie entre 1958 et 1962. Avant eux, mon père, Fernand, a été appelé au front à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale, tout comme son frère, Raoul, qui y a d’ailleurs laissé sa vie le 21 mai 1940. Mon grand-père paternel a également porté l’uniforme lors du conflit 14-18, tout comme mon grand-père maternel, sous les couleurs de l’armée belge. Mon arrière-grand-père, Louis Philippe Gau, était également au front face aux Prussiens », retrace Emmanuel Gau, vice-président de la Société historique de notre commune, mais également très attaché à l’histoire de ses aïeux. « Mes recherches dans les Archives nationales à Paris et Bruxelles m’ont permis de retrouver les livrets militaires de mes grands-pères. Ma mère m’a transmis les cinq carnets manuscrits de son père, un par année de guerre, son journal lors de 14 - 18. C’est en mémoire de l’engagement de mes ancêtres que j’assiste aux cérémonies commémoratives. J’avais toujours souhaité devenir porte-drapeau pour leur rendre l’hommage qui leur est dû, mais je croyais cette fonction dévolue qu’à un ancien combattant, situation que j’ai eu la chance de ne pas connaître. Alors, lorsque mon petit-fils de 16 ans Valentin qui réside en Savoie m’appelle un jour d’avril 2025, pour me dire qu’il est devenu porte-drapeau à l’issue d’une formation sous l’égide de l’Office national des combattants et des victimes de guerre, alors je me suis dit : pourquoi pas moi ?
Je me suis donc rapproché des associations patriotiques et le 11 novembre 2025, j’officiais devant le monument aux Morts de Saint-Arnoult, le drapeau de la FNACA à la main ».
Que ressentez-vous lorsque vous portez ce drapeau ?
« Je suis une personne assez sensible. L’énoncé des noms des personnes tombées au champ d’honneur, la sonnerie aux Morts et la Marseillaise m’émeuvent au point que les larmes me montent aux yeux. J’ai toujours eu cette émotion en mémoire des membres de ma famille décédés. Mais aujourd’hui, cette émotion est associée à la mémoire de toutes celles et ceux disparus. Toutes ces générations ont combattu pour faire en sorte qu’aujourd’hui, nous sommes un pays libre. ‘Pour bien gérer l’avenir, il faut connaître le passé’, telle est la maxime de la Société historique ».
Y a-t-il un moment ou une cérémonie qui vous a particulièrement marqué ?
« Je n’étais pas encore porte-drapeau, mais j’ai assisté parmi le public à la cérémonie du 18 juin 2025 sur le parvis de la mairie, précédée de l’inauguration de la nouvelle stèle dédiée au Général Charles-de-Gaulle. J’ai été touché par la cérémonie, mais aussi par l’évidence d’assurer la relève parmi les anciens combattants porte-drapeaux. D’année en année, ils se montrent toujours plus « anciens » et une telle cérémonie s’avère de plus en plus difficile pour leur âge, d’autant plus en plein soleil, voire aussi lors d’une journée venteuse. Il faut le tenir le drapeau ! ».
Comment vivez-vous le fait de transmettre une mémoire que vous n’avez pas connue directement ?
« Il est vrai que je n’ai pas connu de faits de guerre, comme la très grande majorité des Français depuis plus de 80 ans. Mais si mon père s’est montré très silencieux sur ce qu’il a vécu, j’ai lu ses lettres rédigées sur le front et adressées à ma mère. J’ai aussi le souvenir de mes grands frères de retour en permission. J’avais entre 6 et 8 ans. Ils me rapportaient certains faits vécus en Algérie, mais aussi les combats aériens au-dessus des Meurgers où vivait la famille, ainsi que la venue des Allemands qui frappaient à la porte pour demander de la nourriture. Je n’ai pas combattu, mais les souvenirs des conflits sont très présents et ancrés en moi. Il est important de perpétuer ces souvenirs, afin de ne pas oublier et de transmettre ce passé à la jeunesse. Jeunesse qu’il est plaisant de voir présente aux cérémonies patriotiques arnolphiennes par le biais du conseil municipal des jeunes ».