25/02/2025

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L’Homme a toujours été séduit par les couleurs de l’arc en ciel, qu’il a très tôt tenté de reproduire avec ce dont la nature lui laissait à sa disposition. Aujourd’hui, la palette n’a plus de secret pour le teinturier. Le chimiste tient à sa disposition toutes les formules pour multiplier à volonté les couleurs. Pour autant, pour restaurer les œuvres d’art textile issues de l’histoire, la restauratrice Cécilia Aguirre a souhaité remonter le temps pour remettre au goût du jour les formules d’antan et retrouver une palette de couleurs naturelles issue des plantes.

En provenance de Bourg-la Reine, Cécilia Aguirre s’est installée à Saint-Arnoult-en-Yvelines lors de l’été 2023. Au service des musées et des monuments historiques, la restauratrice d’œuvres d’art textile s’attache à redonner l’éclat des tapisseries, mobiliers, costumes et autres textiles archéologiques exhumés bien souvent de tombes. Elle exerce chez elle dans son atelier mais aussi dans les institutions au chevet de l’œuvre elle-même, seule ou en équipe avec d’autres restaurateurs.

Ses matières premières sont d’origine naturelle. « Je teins mes propres fibres naturelles comme celles présentes sur l’œuvre à restaurer, à savoir de la soie, du lin, du coton ou de la laine. J’utilise également des colorants naturels évitant au maximum les colorants de synthèse. Ces derniers sont source de pollution pour l’homme et l’environnement et d’ailleurs, petit à petit, les normes européennes font que les plus nocifs sont retirés du marché. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les colorants textiles étaient tous d’origine naturelle (animale ou végétale), d’où l’idée de recréer mes propres teintures végétales. Je me suis formée à la teinture naturelle auprès d’artisans et de rares chimistes et praticiens utilisant ces techniques. J’ai développé ma propre méthodologie pour teindre au naturel les fibres dont j’ai besoin pour la restauration de textiles ».

La volonté de maitriser l’ensemble du processus a amené Cécilia à vouloir cultiver elle-même les  plantes tinctoriales. Elle s’est formée aux pratiques agricoles biologiques en passant un Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole. « Partant de zéro, cela m’a permis d’apprendre ce qu’est un sol, comment pousse une plante, ce dont elle a besoin, l’irrigation, comment fonctionne une serre et comment mener à terme son projet agricole vis-à-vis des institutions publiques et des différents acteurs du monde agricole. J’ai ensuite investi un terrain familial de 3 hectares situé à Longvilliers en lisière de Saint-Arnoult. J’y cultive sur 2 000 m2, en extérieur et dans une petite serre froide, les plantes tinctoriales nécessaires à mon métier de restauratrice. Pour le choix des plantes, je suis revenue aux sources, à l’image du règlement édité par Jean-Baptiste Colbert au XVIIe siècle définissant les matières tinctoriales. Selon Colbert, « Toutes les choses visibles se distinguent ou se rendent désirables par la couleur ; et il ne faut pas seulement que les couleurs soyent belles pour donner le cours au commerce des étoffes, mais il faut encore qu’elles soyent bonnes, afin que leur durée égale celle des marchandises où elles s’appliquent. » C’est ce qui est défini par le terme « grand teint » pour les besoins de la noblesse, la tapisserie et les œuvres d’art, des couleurs qui résistent à la lumière et au lavage. Le « petit teint » est destiné au tout-venant, avec des couleurs moins résistantes. »

Ainsi pour obtenir la couleur bleue présente sur son t-shirt, Cécilia cultive la Persicaire à Indigo, mais aussi le Pastel des Teinturiers. La racine de la Garance du Teinturier permet d’obtenir le rouge, notamment celui utilisé pour teindre l’uniforme des militaires d’hier. Les parties aériennes de la Gaude délivrent du jaune. Les fleurs du Cosmos Sulfureux colorent les fibres en orange. Associé au sulfate de fer, l’Aulne se décline en beige, brun et gris. Des plantes sauvages récoltées le long des chemins permettent d’étendre la palette, ainsi la Vergerette du Canada teint les textiles en jaune ou vert, tout comme le Tanaisie.

Autant de plantes que Cécilia sème, plante, cueille, fait sécher et conditionne pour son usage professionnel, mais diffuse également à travers une AMAP, Tinctilis. « Il s’agit de la première AMAP non alimentaire de France. » En fonction des saisons et des récoltes, elle propose le fruit de ses cultures à une cinquantaine de clients en France et en Belgique, sous la forme de paniers de plantes tinctoriales séchées.

Mettant à profit la situation ensoleillée de son coteau, Cécilia diversifie au fil du temps sa production et propose également des plantes aromatiques et médicinales. Un savoir-faire qu’elle maitrise après une formation d’herboriste. « Mon exploitation est autonome. L’irrigation est obtenue par l’eau puisée sur place par une pompe alimentée par l’énergie solaire et les plantes sont séchées sur le site dans un séchoir solaire. Toute la production est artisanale et manuelle et ne nécessite aucun engin ». La Micro-ferme des Lilas est labellisée « Agriculture Biologique ».

Cecilia organise également des ateliers nature (botanique et dessin, préparation des plantes médicinales et transformation des plantes à indigo) de mars à septembre à la Micro-ferme des Lilas.

Envie de découvrir les produits de Cécilia et les activités de la Micro-ferme des lilas ? : microfermedeslilas.frtinctilis.fr

Boutique en ligne, envois postaux ou retrait à la ferme.